... Laissez-moi vous raconter une histoire...
Au mois de septembre, dans ma boîte mail, arrive un gentil message d'un directeur d'école, Martin Koenig. Coton Blues a séduit l'équipe
d'enseignants de l'école Léon Jouhaux de Grenoble. C'est un établissement dans lequel les élèves suivent un enseignement musical tout au long
de l'année (instruments, éveil aux activités musicales, chant...). Des enseignants du Conservatoire, tout proche, les accompagnent ainsi,
jusqu'à une représentation qui couronne un travail de longue haleine.
Coton Blues se retrouve ainsi choisi par ces enseignants, comme thème de leur travail de l'année. Quelle émotion et quel honneur pour
moi ! Je n'espère qu'une chose, pouvoir assister au spectacle donné au mois d'avril.
De temps à autre, arrivent des nouvelles des préparations qui me mettent l'eau à la bouche. Enfin, le grand jour : c'est samedi matin, et, miracle, il s'agit d'un samedi où je ne travaille pas !
Aussitôt, j'embarque mari et enfant dans la voiture et en avant, direction Grenoble.
Comment dire l'émotion... la beauté de ces enfants déguisés de tissus africains... la scène, immense, dans l'ombre d'une nuit américaine... Et cet arbre d'un blanc cru, aux branches comme des
bras qui lèvent vers le ciel leurs fleurs de coton. Une lumière chaude traverse la scène... On sent la moiteur de la journée qui traîne encore dans l'obscurité des rêves de Coton. Derrière, sur
le rideau noir du fond de scène, des diapositives, des photos d'esclaves travaillant dans le blanc des entraves, des mots, des phrases stigmatisant la haine de ceux qui oppriment. Et, montant
lentement, une chanson murmurée, bouche fermée, de la bouche de 120 enfants, un blues chaud et vivant qui éclate soudain comme un hymne d'espoir...
Les sentez-vous ? Les entendez-vous ? Ces chansons inventées avec les CP et CE1, à partir de l'histoire de Coton, ces accompagnements musicaux composés par les enfants. Et leur corps lui-même devient instrument sous les claquements de mains, de pieds et de doigts. Les objets se transforment en musique, arbre à
notes dont on frotte le tronc et bat les branches, bruits de chaîne soutenant les voix, danses créatrices
d'émotion...
Un accrostiche de William, élève de CM2 :
Couleur du Coton
On ne la remarque pas
Trésor de la plantation
On travaillait beaucoup
Non à l'esclavage !
Bois d'ébène
La plantation et la richesse
Un rêve de liberté
Elle mange de la farine trempée dans l'eau
Seul Kunta connaît son rêve...
C'était magique...
Imaginez-vous ces 120 enfants, chanter un worksong, comme s'ils s'adressaient à Coton, comme s'ils l'encourageaient à poursuivre ses rêves, comme si elle
existait vraiment ? "Tiens bon ! Tiens bon !" chantaient-ils de tout leur coeur. "Tiens bon, car au
bout, c'est ta liberté"...
Enfin, le clou du spectacle, la chanson de Coton Blues, mise en musique par l'un des professeur du Conservatoire (merci encore à Fabrice Lelong), accompagnée par des enfants jouant des cordes, des vents et des percussions. MAGNIFIQUE !!!
Je n'ai pas assez de mots pour vous remercier, enfants d'abord qui avez travaillé tant de mois sur ce spectacle, enseignants qui les avez encouragés,
accompagnés et qui vous êtes investis dans cette tâche. Merci pour cette matinée hors du temps, ce moment que je n'oublierai pas.
Quelques mots encore des élèves du CE2 de l'école Léon Jouhaux de Grenoble :
"Nous sommes choqués que des hommes fassent autant de mal à d'autres hommes".
Oréli, encore une fois, tes illustrations ont enthousiasmé tout le monde... ;-)
Merci encore aux enseignantes de l'école Léon Jouhaux, Rachel, Candicie, Isabelle, Anne-Sophie, Audrey, Sophie, Delphine, Emilie, Anne-Claire et leur directeur Martin Koenig.
Merci aux professeurs du Conservatoire, Cécile, Jacques, et Fabrice, ainsi qu'à tous leurs collègues intervenants à l'école.
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